Vendredi 17 novembre 2006 5 17 /11 /Nov /2006 11:53

Le rôle du volcanologue responsable d’un observatoire

 

 

Le volcanologue responsable d’un observatoire a un double rôle à jouer. Il se doit, si possible,  tout à la fois d’être un spécialiste et un humaniste. Du point de vue scientifique, il lui incombe en effet de recueillir, d’analyser et d interpréter les informations, et de s’efforcer de prévoir le début de la phase éruptive et le type probable de l’éruption ainsi que la nature et l’importance des dégâts qu’elle risque de causer. La prévision peut être considérée comme purement scientifique pour autant que c’est dans la mesure où elle se réalise que l’on peut juger de des données, de leur interprétation et de la compréhension que l’on a du mécanisme volcanique. Mais il est manifeste qu’elle a en outre un aspect primordial  dans la mesure où une prévision juste peut permettre d’éviter des pertes considérables en vies humaines et en biens matériels.

 

Dans un second temps, le volcanologue responsable, après en avoir discuté avec les membres de son équipe, doit rendre publique ses prévisions, et il doit expliquer parfaitement sur quels facteurs se base sa prévision. En outre, les prévisions et les explications doivent être formulées dans un langage le plus simple possible, qui puisse être compris par des non scientifiques. Il doit préférablement éviter de recourir à des termes scientifiques spécialisés ou à un jargon technique souvent incompréhensible au non spécialiste.

 

Le volcanologue responsable doit aussi être apte à collaborer avec des non scientifiques, à savoir les autorités politiques nationales et locales et les représentants des organisations de secours. Il doit comprendre les problèmes et les besoins auxquels ils ont à faire face, et à faire en sorte qu’ils sachent quels genres d’informations utiles il peut fournir,  sur quels facteurs elles sont basées, et naturellement les limites de ces informations.

 

 Il doit aussi établir des rapports de confiance avec les résidents des zones intéressées, non seulement avec les responsables, mais encore avec l’ensemble de la population. Une connaissance mutuelle doit s’établir entre eux. Il faut qu’il soit en mesure de comprendre leurs sentiments et leurs réactions, leur comportement dans les situations graves, et essayer d’atténuer les effets de celles-ci en gagnant leur confiance. La panique est en effet l’une des éventualités les plus dangereuses dans toute situation où il existe une menace. Elle peut transformer en désastre une situation qui aurait pu normalement être sans gravité. Si les habitants ont confiance dans le volcanologue et qu’il prend la peine de leur expliquer, dans leur propre langue si possible, qu’elle est au juste la situation et quels sont les véritables dangers qu’elle présente, le risque de peur et de panique sera sans doute bien moindre. Il est connu que les êtres humains ont une très grande aptitude à faire face sans affolement à des situations dangereuses quand ils comprennent la situation. Généralement ce sont les dangers inconnus ou incompris qui provoquent la terreur. Ce fait a été largement prouvé par les éruptions récentes.

 

Il y a toutefois une limite définie quant aux responsabilités du volcanologue, et les populations concernées doivent le comprendre. Bien qu’il se doive d’alerter et de conseiller quand une situation dangereuse survient,  il n’a pas, par exemple, la responsabilité de décider d’une évacuation. Cette décision est prise sur ses conseils par les autorités. Il peut naturellement donner son avis sur la sécurité des différents itinéraires d’évacuation, mais l’évacuation proprement dite est organisée par les autorités et les organismes de secours, conformément à des plans préétablis autant que possible.

 

Tous les chercheurs scientifiques ne sont pas forcément psychologiquement qualifiés pour s’occuper des aspects humains de la volcanologie, et, ceux qui ne le sont pas, ils doivent s’en abstenir et se consacrer aux tâches de collecte des données scientifiques et d’interprétation. Dans le cas contraire, ils risquent, avec les meilleures intentions du monde, de s’aliéner les personnes qu’ils cherchent à aider. Ce sont alors d’autres personnes, mieux qualifiées à cet égard, qui doivent alors être chargées des contacts avec la communauté. Ces chargés de la communication feront le lien entre le responsable scientifique les autorités et la population.

Par HENRY GAUDRU - Publié dans : volcanologie.risque
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Mardi 14 novembre 2006 2 14 /11 /Nov /2006 14:27

Stratégie de l’information et de l’éducation pour la réduction des risques volcaniques

 Les éruptions volcaniques représentent un problème majeur pour beaucoup de pays en voie de développement et même pour les pays développés. Un grand nombre de communautés, incluant les grandes métropoles croissent autour ou parfois sur les volcans actifs exposant la population aux risques volcaniques. Aujourd’hui au travers du monde plus de 500 millions de personnes sont sous la menace. Bien que la technologie et la science puissent maintenant fournir dans la plupart des cas des systèmes d’alerte susceptibles d’avertir la population avant que ne survienne une éruption,  l’approche la plus effective pour réduire les pertes  demeure la prévention. Tant au niveau général ( social, financier et économique) qu’au niveau individuel (  bien-être social et psychologiques, émotionnel ou matériel, il apparaît souhaitable de mettre l’accent sur des actions préventives afin de diminuer les risques et leurs impacts. Ceci semble une meilleure voie que d’intervenir pendant ou après un événement éruptif dans des conditions d’urgence. Les implications sociales et économiques associées à une éruption volcanique sont une combinaison complexe d'activités   entremêlées desquelles résultent un certain nombre de problèmes. Cependant, les relations complexes entre les populations, les autorités et les scientifiques peuvent être améliorées par une information sérieuse et plus large possible sur les différents aspects de ces interactions mutuelles. Une réduction significative des risques ne peut être envisagée sans un dialogue entre les scientifiques, les responsables politiques au plan national et local et la population. Sur le terrain, une évaluation de la vulnérabilité des structures est l’un des principaux paramètre qui doit être considérés pour quantifier les dommages pouvant découler d’une éruption volcanique et par la même les menaces pour les populations vivant autour des volcans potentiellement actifs. Il faut également prendre en considération le fait que le niveau d’éducation et l’environnement culturel sont des facteurs déterminant de réussites des programmes de prévention et de réduction des risques. Le rôle de l’éducation et de l’information est donc un des aspects prioritaires pour une protection civile efficace. En effet, délivrer une information sans une préparation de tous les différents acteurs concernés par une possible éruption volcanique peut provoquer une panique avec tous ses effets négatifs. Dans chaque pays, il est donc souhaitable d’encourager le développement de programmes éducatifs spécifiques pour les officiels, les enseignants, les médias et le grand public afin de les sensibiliser aux risques. Le développement économique et social peut être freiné si les pays exposés n’incluent pas la réduction des risques dans leur planification.. En cas d’événement volcanique, l’assistance humanitaire peut se révéler inefficace si elle n’est pas reliée au développement.

 *Henry Gaudru, conseiller scientifique auprès des Nations-Unies pour les risques volcaniques - 2006 - Programme UNISDR 

Le volcan Tungurahua - Equateur

(Photo H.Gaudru - 1999)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par HENRY GAUDRU - Publié dans : volcanologie.risque
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